Les religions et les cultures en dialogue peuvent-elles jouer un rôle face au terrorisme, à la reprise de la course aux armements, notamment nucléaires, aux crises climatiques, aux inégalités et aux désespoirs ? En réunissant plus de 200 représentants des religions et de la société civile venus du monde entier du 10 au 12 septembre 2017 à Münster et Osnabrück, en Allemagne, pour sa traditionnelle rencontre internationale pour la paix, la communauté Sant’Egidio continue à entretenir la flamme de la lutte et de l’espérance. Car si le dialogue ne peut suffire à éradiquer la violence et la haine, il constitue le seul ciment à disposition pour construire une maison commune pacifiée. Voici quelques extraits du discours prononcé par le fondateur de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, lors de la cérémonie de clôture. Ils furent suivis de l’allumage d’un cierge par chaque représentant religieux présent et la signature de l’appel à la paix Paths of Peace 2017 ! Rendez-vous l’an prochain à Bologne, en Italie, en espérant que d’ici là, paix et réconciliation auront progressé un peu partout dans le monde.

Ils ont dit…

Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant'Egidio, cérémonie de clôture, Osnabrück, Paths of Peace 2017 © pointscomeun.fr 2017

Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio
«  Parfois nous avons eu la sensation qu’il n’y a pas de solutions. Ou du moins que ces solutions ne sont pas à notre portée. Que pouvons-nous faire ? Que peuvent faire les gens ordinaires ? Que peuvent faire les croyants ? Que peuvent faire les leaders religieux ? Les réponses à ces questions ne sont pas évidentes. On finit souvent par dire que nous pouvons faire bien peu, peut-être rien ! Nous finissons par nous résigner à la souffrance des autres ! Nous devenons pessimistes. Le pessimisme de ceux qui ne souffrent pas est facile. Nous nous justifions, sous prétexte qu’il n’y a rien à faire. Nous acceptons l’indifférence devant la souffrance des autres. […] Dans la prière, au plus profond de notre foi, nous découvrons que la paix n’est pas impossible, car elle est un don de Dieu. Ne nous résignons jamais à la guerre ! Ne nous résignons jamais à la souffrance des autres ! La paix doit être toujours possible. Il faut la chercher incessamment. Elle sera possible ! C’est pourquoi les religions incitent – comme aujourd’hui – à l’espérance de la paix : elles poussent les croyants à se libérer de l’indifférence et à devenir des artisans de paix. Nous avons besoin de nous retrouver et d’agir ensemble en tant que croyants. Plus jamais les uns contre les autres ou ignorant les autres, mais les uns à côté des autres. Jean Paul II le disait déjà à Assise en 1986. Ne jamais faire de la religion une occasion de conflit ou de haine. Les uns avec les autres : pour faire grandir la paix dans le monde. L’amitié entre les religions n’est pas de la rhétorique. Nous en avons fait l’expérience. Nous avons connu son efficacité. Elle révèle à ce monde globalisé, souvent sans âme, que tous les hommes et tous les peuples sont liés par un destin commun. La paix est le destin commun. C’est pourquoi, chers amis, nous n’acceptons pas que des villes et des peuples soient en proie à la guerre et à la violence. Nous voulons ouvrir, avec la force faible du dialogue, mais avec beaucoup d’espoir, de nouveaux chemins de paix : dans cette Europe trop repliée sur elle-même et distraite par le monde ; au cœur de nos mondes religieux ; là où les peuples se combattent ; là où la violence domine ; là où frappe la haine Les religions sont par leur essence des chemins de paix. Qu’elles puissent, avec la collaboration des femmes et des hommes de bonne volonté ouvrir, toujours plus et là où il le faut, des chemins de paix. »

Repères

La communauté de Sant’Egidio
1968. Le concile Vatican II s’achève à peine. Andrea Riccardi n’a pas encore 20 ans quand il décide de réunir d’autres lycéens romains autour de la lecture de l’Évangile. La communauté de Sant’Egidio, du nom d’une église romaine qui porte ce nom, vient de naître. Très vite, portée par la prière et la communication de l’Évangile, elle parcourt la banlieue de Rome où beaucoup de pauvres vivent alors dans des baraques et donnent des cours aux enfants. Depuis, Sant’Egidio est devenue une association publique de laïcs reconnue par l’Église. Présente dans 70 pays, elle compte plus de 50 000 membres engagés dans la solidarité avec les pauvres, l’œcuménisme, le dialogue entre les religions et la promotion de la paix. Depuis l’appel à la paix lancé par le pape Jean-Paul II en 1986, elle invite chaque année responsables religieux et représentants de la société civile du monde entier à se retrouver lors d’une rencontre internationale pour la paix.

Communauté de Sant’Egidio