Les religions et les cultures en dialogue peuvent-elles jouer un rôle face au terrorisme, à la reprise de la course aux armements, notamment nucléaires, aux crises climatiques, aux inégalités et aux désespoirs ? En réunissant plus de 200 représentants des religions et de la société civile venus du monde entier du 10 au 12 septembre 2017 à Münster et Osnabrück, en Allemagne, pour sa traditionnelle rencontre internationale pour la paix, la communauté Sant’Egidio continue à entretenir la flamme de la lutte et de l’espérance. Car si le dialogue ne peut suffire à éradiquer la violence et la haine, il constitue le seul ciment à disposition pour construire une maison commune pacifiée. Voici quelques extraits, comme autant de paroles d’espoirs, des interventions entendues lors des vingt-quatre conférences et forums qui rythmèrent Paths of Peace 2017.

Ils ont dit…

Qays al-Mubarak, université King Faisal, Arabie saoudite
« En matière de bénédiction […], Dieu ne fait pas de distinction entre ceux qui croient en Lui et les athées. […] Les dons de Dieu sont répartis sur toute la terre et pour toutes les créatures. C’est pourquoi, lorsque le prophète Abraham pria Dieu de faire preuve de bonté envers les croyants, Il lui répondit qu’Il en serait de même pour ceux qui désobéiraient à ses commandements (Coran, sourate 2, verset 126). »

Le frère Alois signe l'appel à la paix de Sant'Egidio, Osnabrück, Paths of Peace 2017 © pointscommeun.fr 2017

Frère Alois, communauté de Taizé, France
« Notre communauté intègre dans une même vie commune une diversité de plus en plus grande, diversité de provenances confessionnelles, et aussi diversité de cultures, puisque nous venons maintenant de tous les continents. […] Dans ma famille, même si les miens étaient des catholiques fervents, on ne lisait jamais la Bible, on ne considérait pas cela comme nécessaire. […] C’est à Taizé que j’ai découvert la Bible. Comme nouveau frère de la communauté dès 1974, l’étude de l’Écriture fut pour moi une nouveauté passionnante. Pour que le progrès technique et économique aille de pair avec plus d’humanité, il est indispensable de chercher un sens plus profond à l’existence. Face à la lassitude ou au désarroi de beaucoup, la question se pose: de quelle source vivons-nous ? […] La découverte de l’amour de Dieu sans conditions ouvre les cœurs à l’amour du prochain. »

Homi Dhalla, zoroastrien, Inde
« Aujourd’hui, le mouvement interreligieux international est l’une des principales caractéristiques du monde moderne. Il joue un rôle primordial dans l’initiation d’un dialogue non seulement avec les croyants d’autres confessions, mais aussi avec les athées. […] Il me semble nécessaire d’attirer l’attention sur tous ces pas effectués par tant de personnes, quelle que soit leur parcours de vie, pour promouvoir une culture de paix. »

Jean-Dominique Durand, université Lyon III, adjoint au maire de Lyon
« Évoquer le futur de l’Europe à Münster – Osnabrück prend un sens particulièrement fort dès lors que l’on regarde d’où l’on vient. Villes-martyrs des guerres de religion au XVIe siècle, de la Deuxième Guerre mondiale avec les terribles bombardements de 1945, elles sont aussi les villes die Friedensstadt où l’on a négocié et signé les Traités de Westphalie le 30 janvier et le 24 octobre 1648, mettant fin à une effroyable période de trente années de guerres. »

Jaron Engelmayer, rabbin, Israël
«  À quoi ressemblerait un monde en paix, où le respect et la reconnaissance mutuelle serait de rigueur ? Des millions de dollars dépensés pour les armements ne seraient plus nécessaires et pourraient être utilisés pour contribuer au développement économique et à la justice sociale. […] La faim ne serait plus que l’un des pires souvenirs du temps passé. Toutes ces choses peuvent arriver dans ce monde où nous vivons ! Le paradis est à portée de main, cela dépend seulement de nous, êtres humains ! »

Bin Muaamar Faisal, secrétaire général de KAICIID, Arabie saoudite
« L’instrumentalisation de la religion, ou sa présentation tendancieuse, ouvre un cycle de méfiance qui doit être cassé. Et cela doit être fait par les leaders religieux eux-mêmes. […] Nous devons multiplier les exemples d’actions montrant le dialogue interreligieux, le respect mutuel et la cohésion sociale en action. Chacune d’entre elles est une réponse aux messages délivrés par ceux qui cherchent à cacher le vrai visage de la religion. […] Le dialogue constituera l’universelle antidote à l’extrémisme, à l’injustice, à l’indifférence et à l’exclusion. […] En juillet, nous avons lancé, en partenariat avec l’ONU, un plan d’action dédié spécifiquement aux ledaers religions afin de prévenir les discours de haine et d’incitation à la violence. »

Avraham Giesser (à g.) signe l'appel à la paix de Sant'Egidio, Osnabrück, Paths of Peace 2017 © pointscommeun.fr 2017

Avraham Giesser, rabbin, Israël
« Juifs, chrétiens et musulmans peuvent faire de l’espoir une protection pour l’humanité construite autour du respect de la vie et d’un Dieu dont le nom a été bafoué. Nous devons offrir une éducation religieuse qui enseigne l’amour d’un monde composé de plusieurs langues, couleurs et religions qui font son charme et sa beauté. […] La religion doit être enseignée par des professeurs et des responsables qui ont fait le choix de la vie, qui peuvent trouver dans les textes et transmettre les préceptes synonymes d’espoir pour l’individu et de prospérité pour les sociétés. Cette lourde responsabilité est désormais celle des rabbins, prêtres et imams et de n’importe quel leader religieux. »

Muhammad Khalid Masud, court suprême, Pakistan
« Notre monde globalisé exige le respect de la diversité, la liberté de croyance et l’autonomie de chaque individu. Le dialogue entre les religions et les cultures se renforce, en dépit des prophéties sur le choc des civilisations de certains responsables politiques ou religieux. »

Ole Christian Maelen Kvarme, évêque luthérien, Norvège
« Pensons à ce qui pourrait se passer si, tous ensemble, nous laissions la puissance de l’esprit de grâce et de miséricorde renouveler et irriguer nos vies et nos sociétés ? […] Le dialogue constitue en lui-même un signe d’espoir dans un monde en souffrance et peut nous conduire à trouver, ensemble, des chemins de paix avec et pour les pauvres. »

Felix Anthony Machado, archevêque catholique, Inde
« Les conflits armés continuent à se développer dans de nombreuses régions du monde, sur fond de tensions géographiques et politiques. Ils peuvent donner l’impression qu’en plus des questions culturelles, les différences religieuses sont la cause de cette instabilité et une menace pour la paix. Nous devons garder à l’esprit cette question : « Les religions ne peuvent-elles donc pas être une part de la solution ? Doivent-elles demeurer perpétuellement une part du problème ? » […] Les croyants de toutes les religions et ceux qui ne croient pas ne peuvent rester passifs devant un monde où les signes de haine et de violence se multiplient. »

Le rabbin David Rosen allume un cierge en signe de paix. Osnabrück, Paths of Peace 2017 © pointscommeun.fr 2017

David Rosen, rabbin, AJC, Israël
« En tant que fils d’Abraham, nous sommes appelés à être justes et droits (Genèse 18:19) et, effectivement, le judaïsme voit dans le maintien de la justice et de l’équité l’une des obligations qui incombent à l’humanité toute entière. […] Il nous est demandé d’accorder une attention particulière et d’être concerné par le sort de ceux dont la dignité pourrait être menacée et pourraient être marginalisés : le pauvre, l’étranger, la veuve et l’oprhelin. […] [La Bible, Deutéronome 15:14] ne proclame pas seulement la valeur de la dignité humaine de chaque individu et celle, concomitante, de sa liberté, mais aussi que le bien-être de la collectivité dépend de sa capacité à assurer à chacun de disposer des ressources nécessaire à l’entretien de sa famille. »

Sharon Rosen, Search for Common Ground, Israël
« J’ai vécu 35 ans à Jérusalem, que l’on peut à la fois considérer comme l’un des lieux les plus spirituels du monde et l’un des plus conflictuels. Dans cette ville extraordinaire, personne, toutes religions ou origines confondues, ne m’a jamais dit qu’il n’aspirait pas à la paix. […] Je n’oublierai jamais ce que me disait, avec sagesse, une directrice d’école en Israël : « Les cours de méditation, de communication et de résolution des conflits dispensés dans les classes élémentaires seraient bien plus utiles aux écoliers dans leur vie future que n’importe quel autre discipline étudiée à l’école. Malheureusement, il existe peu d’éducateur de ce genre… […] Les femmes sont totalement sous-représentées dans les rencontres de résolution des conflits religieux, au détriment de tous, hommes compris, même s’ils ne s’en rendent pas compte ! »

Didi Talwalkar (à g.) allume un cierge en signe de paix. Osnabrück, Paths of Peace 2017 © pointscommeun.fr 2017

Didi Talwalkar, Mouvement Swadhyaya, Inde
« Ce qui est important dans l’appel d’Assise [lancé par Jean-Paul II en 1986 – ndlr], c’est qu’il tente de regarder les traditions, cultures et civilisations du monde avec l’intention d’y trouver des idées qui renverraient à la notion d’humanité commune. Cet appel a ainsi posé les bases d’une universalité dans des termes œcuméniques afin de démontrer que les différentes traditions religieuses sont compatibles. Réaliser que le même Dieu imprègne le cœur de chaque être humain nous invite […] lever toutes les barrières qui séparent l’homme de son prochain. »

Repères

La communauté de Sant’Egidio
1968. Le concile Vatican II s’achève à peine. Andrea Riccardi n’a pas encore 20 ans quand il décide de réunir d’autres lycéens romains autour de la lecture de l’Évangile. La communauté de Sant’Egidio, du nom d’une église romaine qui porte ce nom, vient de naître. Très vite, portée par la prière et la communication de l’Évangile, elle parcourt la banlieue de Rome où beaucoup de pauvres vivent alors dans des baraques et donnent des cours aux enfants. Depuis, Sant’Egidio est devenue une association publique de laïcs reconnue par l’Église. Présente dans 70 pays, elle compte plus de 50 000 membres engagés dans la solidarité avec les pauvres, l’œcuménisme, le dialogue entre les religions et la promotion de la paix. Depuis l’appel à la paix lancé par le pape Jean-Paul II en 1986, elle invite chaque année responsables religieux et représentants de la société civile du monde entier à se retrouver lors d’une rencontre internationale pour la paix.

Communauté de Sant’Egidio