« Quand le pape François invite au dialogue, ce n’est pas d’un consensus mou qu’il s’agit mais bien de se laisser déplacer, traverser par l’avis de l’autre ». Le 26 mai, lors des Mardis de l’Antenne Sociale de Lyon consacrés à « la question du développement », Elena Lasida, a souligné à quel point la notion de dialogue était au cœur des défis de nos sociétés. Éclairant et opportunément… dérangeant.

Le développement au regard des encycliques Populorum Progressio (Paul VI) et Laudato Si’ (pape François) ? La question posée le 26 mai dernier par les Mardis de l’Antenne Sociale de Lyon pouvait légitimement sembler déroutante. La salle des jésuites de la rue Sala était pourtant comble pour entendre Elena Lasida, professeur à la faculté catholique de Paris et auteur de nombreux ouvrages, se livrer à une étude comparative de haut niveau, certes, mais en prenant toujours soin de la relier à des réalités et préoccupations sociales et sociétales concrètes. L’économiste uruguayenne a plus particulièrement souligné la nécessité de réunir les conditions d’un véritable échange entre pays riches du Nord et pays en voie de développement du Sud, entre nature et culture, entre capitalisme et écologie, entre consommation et sobriété, entre fidèle et citoyen…

Si Elena Lasida rappelle que « l’un des points les plus importants de Populorum Progressio est qu’elle aborde la question sociale de façon globale, à l’échelle mondiale« , elle souligne dans le même temps que « Laudato Si’ dit la même chose de la question écologique, tout en rappelant que la dimension sociale est bien au cœur de l’écologie. Ces deux problématiques nouvelles que sont le social et l’écologie sont appréhendées dans leur universalité ». Au risque de se couper des réalités les plus concrètes ? Bien au contraire. L’universitaire se réjouit que « ces deux réflexions (soient) nourries par l’expérience de la base. Dans Laudato Si’ figure par exemple un grand nombre de références aux travaux des Églises locales, preuve que nous ne sommes pas en présence d’une pensée qui tombe du ciel ou du Vatican, mais construite à partir des remontées des communautés de terrain ».

Principale nouveauté apportée par Laudato Si’ : l’invitation « à définir autrement le progrès » qui n’est plus considéré comme « illimité » et, de ce fait, source de richesses inépuisables qu’il suffirait de redistribuer à tous. Il s’agit désormais de « repenser différemment la maison commune », ce qui pose indubitablement la « question de la relation ». Appel à la conversion à la sobriété, voire à la décroissance ? « C’est plus une affaire de liberté face à la consommation que de quantité, répond-elle. Faire quelque-chose pour les autres n’est pas forcément se sacrifier individuellement comme on le pense trop souvent dans le christianisme. On peut agir pour le collectif tout en se faisant du bien
à soi-même. »

Après avoir évoqué également la place accordée à l’économie circulaire, à l’économie de fonctionnalité prônant le partage des biens tant qu’ils peuvent être utilisés plutôt que leur propriété par un seul individu et à la gratuité, Elena Lasida s’est attachée à recommander à l’assistance, fournie, de sortir du « tout ou rien », cet absolutisme qui incite à rester immobile dans son quant-à-soi et ses certitudes. « La finance éthique et solidaire montre qu’il est possible de penser une finance au service de l’économie réelle et pas seulement à celle de la maximisation du profit. »

> antennesocialelyon.org

Sortir de l’absolutisme du « tout ou rien »

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