Depuis plusieurs années, le diocèse de Lyon et du Roannais invite les élus,
toutes responsabilités et « couleurs » politiques confondues, à se retrouver
plusieurs fois par an pour concilier engagement politique et démarche
de foi au service du bien commun.

Lors de la soirée organisée le 5 juillet à Neuville-sur-Saône, Jean-Dominique Durand (photo), adjoint au maire de Lyon, délégué au Patrimoine, à la Mémoire et aux Anciens combattants, et Luc Champagne, délégué épiscopal Famille et Société du diocèse, également président de l’Antenne Sociale de Lyon, sont justement intervenus sur le thème du bien commun (extraits vidéo ci-dessous). L’occasion de présenter Points comme Un et d’aller à la rencontre de Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement de Lyon, Valérie Glatard, maire de Neuville-sur-Saône, et François Pillard, conseiller municipal de Chaponost, trois membres réguliers du groupe des élus chrétiens.

Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement de Lyon
« De manière générale, l’élu est beaucoup plus seuls qu’on ne l’imagine. Seul dans l’action et dans la décision. Dans le débat public, il ne peut afficher le moindre doute, ne pas prendre position. Plus sa responsabilité est grande et plus on attend de lui qu’il décide. Certains choix sont relativement simples, d’autres nettement plus difficiles, surtout lorsqu’ils concernent l’humain, la précarité, les déséquilibres sociaux. Ce groupe des élus chrétiens offre un espace privilégié, unique, où des responsables de politiques de gauche et de droite, réunis par des valeurs fondamentales partagées, peuvent échanger en toute transparence, fait part de leurs interrogations, leurs hésitations sans redouter d’être jugés. Il m’est arrivé de m’y sentir plus proche de quelqu’un porteur d’une étiquette différente que d’un membre appartenant à mon propre groupe politique. Cet espace de dialogue constitue une respiration indispensable. Il nous offre un temps de prise de recul, nous qui sommes en permanence dans une action intense, prenante. Pouvoir se retrouver et discuter sans masque, sans le filtre du jeu politique et médiatique, fait du bien. Il est vraiment souhaitable, pour la démocratie et le bien commun, que de tels lieux de puissent exister. Ils sont propices au discernement, à l’enrichissement intellectuel et spirituel, à l’ouverture. Je n’en connais beaucoup pas de tels dans les partis politiques. Ici, ce n’est pas la voix de l’Église qui s’exprimerait pour influencer les élus, mais bien une recherche de sens qui aide le responsable politique à mieux exercer son mandat. »

Bien commun
et pensée collective

Valérie Glatard, maire de Neuville-sur-Saône
«  La dimension spirituelle a toujours été présente au cœur de mes activités. De manière évidente dans le cadre de l’aumônerie des jeunes au collège Notre-Dame de Bellegarde, à Neuville, ou à la faveur de la préparation au mariage que j’ai pu assurer avec mon mari à la paroisse. Élue, je n’ai jamais eu à cacher ma foi, mais il n’est pas forcément nécessaire de la mettre en avant, aussi forte soit-elle. Être investie des questions liées au logement social a toutefois constitué une forme d’accomplissement. Ma volonté d’être au service de la commune rejoignait celle de prendre soin de mon prochain. Cela s’est fait tout naturellement. Mon « étiquette » chrétienne m’a même aidé à établir le dialogue avec la communauté musulmane de Neuville, et ce dès la campagne municipale fin 2013. Ces relations sont nécessaires. Après chaque attentat terroriste, elles ont permis d’apaiser les esprits. La rencontre et la découverte de l’autre se retrouvent aussi dans le groupe des élus chrétiens. Un premier essai, il y a une dizaine d’années, m’avait un peu déçue. J’avais trouvé l’assemblée un peu trop « lyonnaise » à mon goût. Désormais, la diversité est au rendez-vous. Ce brassage et les thématiques abordées, très enrichissantes, nourrissent la réflexion. »

Pratiquer
la justice et aimer avec tendresse

François Pillard, conseiller municipal, Chaponost
«  Ce qui m’a tout de suite intéressé dans ce groupe, c’est qu’il m’offrait aussi bien la possibilité d’entendre d’autres chrétiens s’exprimer sur leur implication dans la cité que d’écouter le discours que l’Église pouvait tenir aux élus à propos de leur engagement au service du bien commun. Ce qui est certain, c’est que cela demande un réel discernement. Ce groupe m’amène à fréquenter en fraternité des élus dont certaines positions peuvent parfois me heurter. Et pourtant, ces personnes sont chrétiennes, comme moi. Aller à leur rencontre, essayer de comprendre et de partager sur des réflexions différentes vous transforme forcément. Faire l’effort de la pluralité, c’est se mettre en disposition d’accueillir une pensée qui nous est étrangère. Ce groupe illustre peut-être, à sa façon, le besoin d’aller au-delà des étiquettes et d’un jeu simplificateur jusqu’à la caricature que semble ressentir une majorité de nos concitoyens. Il est peut-être temps de s’ouvrir à une complexité féconde. »