Le 9 décembre dernier était
célébré le 112e anniversaire de la promulgation de la loi de séparation des Églises et de l’État. Son initiateur, Aristide Briand, y voyait un texte de compromis susceptible de réconcilier une France profondément déchirée par la « question » cléricale. à l’aune des affrontements que suscite encore la loi de 1905, il semblerait que du chemin reste encore
à parcourir avant que son vœu
ne se réalise…

Existe-t-il une seule laïcité, indivisible comme saurait l’être la République française selon sa Constitution, capable de mettre tout le monde d’accord sur sa signification et son champ d’application ? Ou bien est-elle définitivement à géométrie variable, manipulable en fonction des intérêts des uns, des peurs des autres, du moment ou de l’endroit ? Singulière, elle l’est assurément, jusqu’à mettre dans l’embarras tous les traducteurs confrontés à cette notion « si française ». Plurielle ? On pourrait le penser, du moins dans ses acceptions, tant elle divise nos concitoyens. 
Pour l’historien Patrick Weil (1), s’il est question de pluralité, c’est de celle que doit garantir la laïcité et qui en ferait, dès lors, un « modèle d’avenir car amie et protectrice de la liberté absolue de conscience, à la fois liberté de religion et liberté à l’égard de toute religion ». Un modèle qui aurait besoin « des mots du politique pour le dynamiser et non pour le dynamiter ». Un modèle qu’il serait bon de ramener plus souvent à ses principes. De fait, si le texte de loi stipule clairement que « la République assure la liberté de conscience » et qu’elle « garantit le libre exercice des cultes » (art. 1), « ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (art. 2) et menace de poursuites quiconque aura, par exemple, « déterminé [une personne] à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle », on y trouve pas la moindre trace du mot même de… laïcité !
Si le législateur y précise qu’il est « interdit […] d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit », Irène Bachler, professeur de philosophie, auteur de l’ouvrage La laïcité – Faire la paix à paraître le 27 février 2018, rappelle (cf. ci-dessous : « En savoir plus ») qu’il convient de ne pas confondre « la neutralité de la puissance publique et celle de l’espace public ». Pas plus assimilable à l’athéisme, au laïcisme qu’à la tolérance, rejetant dans le cléricalisme le « pouvoir d’un groupe sur le tout », la laïcité composerait un cadre politique ouvert à « toutes les doctrines, opinions et croyances compatibles avec la loi […], une invitation au faire ensemble, à la discussion et à la fraternité ». Un vœu que ne renierait sans doute pas Aristide Briand.

(1) Le Monde, 18 août 2016

En savoir plus

« La laïcité, qu’est-ce que c’est ? » (en vidéo sur pointscommeun.fr), intervention d’Irène Bachler lors de la conférence « Radicalisation. Comprendre pour agir » organisée par l’ASPRA le 16 septembre 2017 à Aix-les-Bains
A lire : La laïcité – Faire la paix (Irène Bachler, éd. Bréal)

Photo article : première page de la loi de séparation des Églises et de l’État.
Crédit photo : © Archives nationales.