Sorti le 22 mars 2017, le film
Islam pour mémoire, un voyage avec Abdelwahab Meddeb a été projeté au cinéma Le Zola (Villeurbanne) le
14 juin dernier, en présence de la réalisatrice, Bénédicte Pagnot.

D’Ispahan à Sidi Bouzid, en passant par Jérusalem, Cordoue, Dubaï… le film de Bénédicte Pagnot invite à un voyage en Islam. Islam avec un I majuscule, comme celui qu’Abdelwahab Meddeb a eu à cœur de faire connaître. La réalisatrice prolonge la voie tracée par le poète et intellectuel franco-tunisien aujourd’hui disparu pour qui « une des façons de lutter contre l’intégrisme est de reconnaître à l’Islam sa complexité et ses apports à l’universalité ». Une navigation entre passé et présent, histoire et politique, musique et poésie.
Pour la réalisatrice Bénédicte Pagnot, tout a commencé par la rencontre avec une voix, celle d’Abdelwahab Meddeb entendue plusieurs fois sur France Culture, dans le cadre de l’émission Cultures d’islam qu’il animait. L’idée d’un long-métrage documentaire sur Abdelwahab Meddeb s’est progressivement imposée comme une évidence.
« Absolument convaincue que sa pensée participait de quelque chose propre à faire bouger les choses dans le bon sens, j’ai décidé de le contacter. Je lui ai écrit une lettre. Il m’a donné son accord après avoir vu mes films précédents. Je l’ai filmé
 une première fois à Nanterre, lors de son tout dernier cours de littérature comparée qui avait pour sujets Goethe et Hâfêz. Quand il a été invité en Israël pour parler du livre qu’il venait d’écrire avec Benjamin Stora, il a hésité à y aller ; puis il s’est décidé après que je lui ai proposé de l’accompagner et nous y sommes allés ensemble. C’était le premier voyage, notre premier voyage ensemble (…) C’est sûr que si j’avais fait d’autres voyages avec lui (en Indonésie, au Mali comme je l’avais évoqué avec lui), certaines choses se seraient racontées d’elles-mêmes, dans la rencontre, comme à Jérusalem où au hasard des rues, Abdelwahab nous entraîne dans un cercle soufi. Malheureusement sa mort brutale a empêché ces voyages ensemble. Comme je pensais les faire avec lui, je n’ai pas voulu les faire sans lui (…) Par la réalisation de film, Bénédicte Pagnot reconnaît avoir « surtout découvert le vrai sens du mot altérité, une réponse au « choc des civilisations », une idée dangereuse et clivante qui m’avait imprégnée malgré moi. (…) J’ai aussi découvert l’infinie richesse de la civilisation islamique que j’évoque par-ci par -là dans le film avec notamment les travaux du physicien Alhazen ou la Maison de la sagesse de Bagdad (…) Et j’ai aussi appris que « fatwa » veut dire « avis juridique » et non « condamnation » comme on le croit souvent en France à cause notamment de la fatwa contre Salman Rushdie, ou que « Maghreb » en arabe signifie « couchant » et donc « occident ». Je n’ai pas pu tout mettre dans le film mais j’espère avoir donné envie d’être plus curieux. »

Reconnaître à l’islam sa complexité et ses apports à l’universalité

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Abdelwahab Meddeb est né à Tunis en 1946, dans une famille très religieuse. Fils et petit-fils de cheiks de la grande mosquée de la Zitouna de Tunis, il disait : « L’islam ne m’intéresse pas. Il fait partie de moi, profondément ».
Il quitte sa Tunisie natale pour continuer ses études littéraires en France.
Il est poète, romancier et essayiste. Il a écrit ou collaboré à l’écriture d’une vingtaine d’ouvrages dont :
Phantasia (roman, 1986) ;
La Gazelle et l’enfant (conte théâtral, 1992) ;
Les 99 stations de Yale (poésie, 1995) ;
La maladie de l’islam (essai, 2002) ;
Sur(exposée) Tchétchénie (textes accompagnant des photos de Maryvonne Arnaud, 2005) ;
Pari de civilisation (essai, 2009).
Il a été professeur de littérature comparée à l’université de Paris X Nanterre. Ses cours s’intitulent : « Du fanatisme et de la tolérance », « Entre orient et occident. Goethe lecteur de Hafez », « Pères et Fils », « Figures de l’amour divin »…
Il a également enseigné à l’université de Genève pendant 10 ans et un an à Yale, a animé l’émission Cultures d’islam sur France Culture et tenu une chronique hebdomadaire sur la radio marocaine Medi 1.
Il préférait l’hybridation au repli identitaire, la polysémie au schématisme, la polyphonie au dogmatisme, la mondialité à la mondialisation, la modernité à l’hyper-modernisme.
Abdelwahab Meddeb est mort le 6 novembre 2014.

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Textes, photos et vidéo : ISKRA et .Mille et Une. Films.