Auteure de Dans quelle France on vit (Fayard), Anne Nivat a inauguré le nouveau cycle de conférences des
Cités d’Or consacré à la notion de réconciliation, jeudi 29 juin, depuis
le 26e étage de la tour InCity de Lyon. Aux côtés de Karim Mahmoud-Vintam, co-fondateur et président des
Cités d’Or, la journaliste et reporter
de guerre a livré un témoignage fort, clair, dénué de faux-fuyant, tout
à la fois lucide et porteur d’espoirs.

Afghanistan, Irak, Tchtétchénie… Journaliste (prix Albert Londres en 2000) indépendante, reporter de guerre, Anne Nivat a vécu l’altérité dans ce qu’elle peut sans doute avoir de plus radical. À la rencontre d’autres cultures, d’autres modes de vie, d’autres façons de « voir les choses », au contact d’êtres humains ayant parfois commis le pire, immergée dans le chaos des conflits, elle ne s’est pourtant jamais départie d’une « écoute bienveillante, dénuée de jugement ». Résolue à ne pas « produire un récit occidentalo-centré », elle se veut « en quête de ce que va dire l’autre, même si ce qu’il dit va à l’encontre de (ses) propres convictions ». Pour elle, « montrer sans démontrer » constitue le principe de base de sa pratique journalistique. « Ensuite, on peut débattre du contenu, mais si l’on ne sait pas de quoi l’on parle, on parle dans le vide, on instrumentalise, on hystérise. »

Pas de démagogie ni de leçon à donner. Idées reçues, a priori, fantasmes, peur de la différence ? Tout cela, « c’est humain », reconnaît-elle. Présent en chacun de nous. Mais pour « combattre » les préjugés, rien de mieux que « d’aller sur le terrain, ce terrain qui brise les stéréotypes ». Pour son dernier ouvrage, Dans quelle France on vit (Fayard), Anne Nivat a posé ses bagages dans six villes françaises moyennes : Évreux, Laon, Laval, Montluçon, Lons-le-Saunier et Ajaccio. Tout au long de ses deux années d’enquête, la journaliste a cherché à montrer les fractures d’une société qui a pu voir grandir en son sein ceux-là mêmes qui allaient l’attaquer en plein cœur. « Il n’est pas question d’excuser (…) mais si on ne cherche pas à comprendre pourquoi des individus, nés en France pour la plupart, commettent de tels actes, on sera pas à l’abri que cela se reproduise. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre, pour essayer de montrer ce qui se passe en France, ce qui est dit ou ce qui est non-dit (…), parler de ces angoisses profondes que je sens à chaque fois que je reviens d’un pays en guerre (…), de cette violence larvée, latente. »

Lucide, Anne Nivat veut toutefois rester optimiste, croire que la réconciliation est toujours possible. « Cela passe par un grand travail d’écoute les uns des autres », véritable travail à effectuer sur soi-même car il est tellement « plus facile d’éructer, de donner son avis et de dire que l’on est pas d’accord ». Partout, en Asie centrale, au Proche ou au Moyen-Orient, en France, « l’être humain est le même. Il a envie de s’exprimer, d’être écouté sans être jugé (…) Pour comprendre l’autre, il faut lui parler ».

 

« Combattre
la tentation de
se renfermer »

Journalisme
de terrain ou propagande

Les Cités d’Or
En cette période d’incertitudes quant à l’avenir, le mouvement pédagogique et civique des Cités d’Or (non-partisan et non-confessionnel), en partenariat avec Acteurs de l’économie-La Tribune, lance dès juin 2017 un cycle de rencontres avec quelques personnalités de tout premier plan dans leur domaine pour évoquer le sens que les uns et les autres donnent à la notion de réconciliation, et recueillir leur point de vue sur les conditions de possibilité d’une « réconciliation nationale » en France.

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